Les Troubles Fonctionnels Intestinaux (TFI) sont des maladies courantes touchant 10 à 15% de la population mondiale. La réflexologie est utilisée pour en traiter les symptômes associés, celle-ci semblant les soulager et améliorer la qualité de vie. Cette étude, approuvée par le Ministère de la Santé et par le Comité de Protection des Personnes (CPP), vise donc à évaluer et quantifier les bienfaits de la réflexologie plantaire.
Objectifs : Évaluation de l’apport de la réflexologie plantaire : critère principal=Score de Francis (avec ses quatre sous-scores) ; critère secondaire=qualité de vie ; cinq symptômes associés non inclus dans le score de Francis.
Matériel et méthodes : Essai multicentrique mené sur 51 sujets pendant dix semaines. Une séance de réflexologie plantaire toutes les deux semaines à chaque visite de contrôle aux jours 0, 14, 28, 42 et 56. Pas de réflexologie lors de la dernière séance au jour 70 (simple contrôle). Pas de groupe témoin.
Résultats : Les analyses statistiques, réalisées par la société SOLADIS, à l’aide du logiciel SAS, semble illustrer une amélioration significative (p-value < 0,001) de plus de 50% du score de Francis et de ses quatre sous-scores. Pour les cinq symptômes non inclus dans le score de Francis, une réduction de leur fréquence de plus de 50% est constatée.
Discussion : Les données suggèrent que la réflexologie plantaire a un effet intéressant, puisqu’elles soutiennent l’idée qu’elle peut réduire les symptômes des TFI. Toutefois, ces premiers résultats, non appuyés par un groupe témoin, se doivent d’être confirmés par des études complémentaires.
Conclusion : Au terme de l’essai clinique, les Troubles Fonctionnels Intestinaux semblent montrer une nette amélioration. Il est toutefois nécessaire de souligner qu’à ce stade, sans groupe témoin, ces résultats ne sont qu’indicatifs, et mériteraient d’être confirmés avec des études complémentaires.
Réflexologie, Troubles Fonctionnels Intestinaux, Scores de Francis, Prévention, Stress, Bien-être.
TFI : Troubles Fonctionnels Intestinaux, CPP : Comité de Protection des Personnes, RNCP : Répertoire Nationale des Certifications Professionnelles, D.H : Dossier Historique, OMS : Organisation Mondiale de la Santé, EVA : Echelle Visuelle Analogique, SII : Syndrome de l’Intestin Irritable, MNC : Médecines Non-Conventionnelles.
Cet essai clinique, portant sur l’apport de la réflexologie dans la gestion des Troubles Fonctionnels Intestinaux (TFI), a été déposé au Ministère de la Santé français sous le numéro ID RCB 2018-A01267-48 [1] ainsi que, sur sa demande, à un Comité de Protection des Personnes (CPP) (Sud Méditerranée 1, le 02/07/2018, référence 18 41.). Le protocole et la notoriété de la société chargée de l’analyse statistique (SOLADIS, CRO du groupe EFOR) [2] ont permis à ces deux instances d’émettre un « avis favorable ».
La mise en place et la poursuite de cette étude se sont basées sur deux conditions :
Toutefois, en l’absence de groupe témoin, les résultats obtenus ne sont qu’indicatifs et mériteraient d’être confirmés avec des études complémentaires. Malgré cela, le Ministère de la Santé a validé ces informations et donné l’autorisation de mise en route de l'étude.
Le dossier historique (D.H) comprenant protocole, carnet d’observation, consentement éclairé, rapport clinique, rapport statistique, a été inséré sur la plateforme SI RIPH 2G, gérée par la Direction Générale de la Santé, sous le numéro D.H 18.01865.001841 [4], et dans la base de données CAIRN.INFO, plateforme de référence pour les publications scientifiques francophones [5].
La réflexologie est qualifiée de médecine complémentaire [6] par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Edzard Ernst, médecin germano-britannique, la décrit comme : « Méthode thérapeutique faisant appel à la pression manuelle appliquée sur des régions spécifiques, ou zones, des pieds (et parfois des mains ou des oreilles), réputées correspondre à des régions du corps, afin de faire disparaître le stress, ainsi que de prévenir et de traiter les troubles physiques » [7].
La réflexologie a pour objectif de participer au bien-être, au mieux-être, et à l’entretien du capital santé de la personne (Prestations de service du réflexologue, Norme AFNOR/S99R) [8]. Par son action régulatrice de l’organisme, ainsi que son impact sur la détente, elle peut permettre de soulager les TFI [9][10][11][12][13][14][15]. Néanmoins, la réflexologie plantaire utilisée pour cet essai, ne se substitue pas à un traitement médical.
Les Troubles Fonctionnels Intestinaux (TFI) désignent un ensemble de symptômes digestifs chroniques survenant en l’absence de toute anomalie organique. L’inconfort ou les douleurs qu’ils entraînent, généralement non soulagés par les médicaments, ont un impact majeur sur « la qualité de vie », souvent très perturbée. Il a donc semblé intéressant d’envisager une approche basée sur des « Interventions Non Médicamenteuses », parmi lesquelles la réflexologie plantaire tient toute sa place.
La sévérité des TFI est déterminée par le Score de Francis (Tableau 1), une échelle d’auto-évaluation remplie par le volontaire, présentant les avantages suivants :
Ce score prend en compte trois symptômes fréquemment rencontrés chez les patients présentant des TFI, ainsi que la « qualité de vie » (4 items au total) :
Leur cotation se fait au moyen d'une Echelle Visuelle Analogique (EVA), une ligne de 10 cm de long dont l’extrémité gauche = 0 et l’extrémité droite = 100, sur laquelle le volontaire positionne un curseur pour exprimer son jugement sur le symptôme évalué (exemple : 0 = aucune douleur - 100 = douleur très importante). Le score est la distance en millimètres entre l'extrémité gauche de la ligne et le curseur placé par le volontaire. Chacun des quatre scores peut donc varier de 0 à 100. Ces derniers sont ensuite additionnés, le score global variant ainsi de 0 à 400.
L’échelle de Francis a été remplie lors de chaque consultation.
Tableau 1. Exemple de score de Francis, C1 signifiant "Consultation 1".
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Mal au ventre |
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Score C1 |
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Aucune douleur |
Douleur très importante |
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Distension abdominale (ballonnement, ventre gonflé, hors règles) |
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Score C1 |
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Aucune distension |
Distension très importante |
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Fréquence des selles |
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Score C1 |
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Très satisfait |
Pas du tout satisfait |
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Perturbation de la « qualité de vie » |
Score C1 |
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Pas du tout perturbée |
Très perturbée |
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Score total (somme des 4 scores) |
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Score total à C1 |
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Méthodologie statistique générale
Les analyses ont été réalisées à l’aide du logiciel SAS (version 9.4, SAS Institute, Cary, NC, USA).
Analyse descriptive
Toutes les variables impliquées dans l’évaluation des objectifs primaires et secondaires ont été décrites dans des tables de synthèse descriptives.
Modèles et tests statistiques
Dans cette étude, l’unité statistique est le patient.
L’évolution relative du score de Francis global (critère principal), et l’évolution relative de chaque sous-score du score de Francis (critère secondaire), ont été comparées à la valeur théorique de -30 (diminution de 30% de l’évolution relative) à l’aide d’un test unilatéral d’infériorité.
Les intervalles de confiance des estimations étaient présentés à 95%. Le seuil de significativité pour les tests unilatéraux était choisi à 2.5%, conformément aux recommandations pour les études cliniques. Pour les tests de normalité, le seuil de 1% de significativité a été utilisé.
Un test de comparaison unilatéral d’une moyenne observée par rapport à une moyenne théorique (test de Student) était effectué si les données suivaient une distribution normale avec un niveau de significativité de 2,5%. Si les données ne suivaient pas une distribution normale, un test non paramétrique de Wilcoxon signé était effectué.
L’hypothèse guidant cet essai est que l’efficacité de la réflexologie plantaire peut être confirmée si, à la fin de l’étude, la réduction du Score de Francis (critère d’évaluation principal) est statistiquement significative (p-value < 0,001). La progression relative du score de Francis est évaluée comme suit :
EvFrancis = ((SJ70 – SJ0)/SJ0) * 100 (1)
Où SJ70 = Score de Francis à J70, SJ0 = Score de Francis à J0
Le changement relatif du score de Francis entre J0 et J70 étant calculé comme une diminution ((J70-J0)/J0), un test d’infériorité unilatérale a été mis en œuvre pour mettre en évidence un changement relatif du score inférieur à la valeur théorique de -30%.
Les conclusions de cette recherche ont donc été basées sur la diminution du Score de Francis entre le début et la fin de l'essai (Tableau 2). Ainsi, l'apport de la réflexologie plantaire dans la prise en charge des TFI n’est considéré comme "positif" que s’il diminue d'au moins 30 %.
Tableau 2. Conclusions basées sur la diminution du score de Francis entre le début et la fin de l’essai.
| Evolution relative du Score de Francis EvFrancis | Apport de la réflexologie comme "thérapie complémentaire" des TFI considéré comme : |
| Supérieur ou égal à 50 % | Très intéressant |
| Entre 30 et 50 % | Intéressant |
| Inférieur à 30 % | Non intéressant |
Conception de l’étude
Cette étude s’est déroulée entre septembre 2018 et janvier 2025, avec une suspension pendant la pandémie du Covid-19 (du 25 mars au 05 août 2020).
Tous les réflexologues ont suivi la même méthodologie, détaillée lors d'une réunion préliminaire, à laquelle tous les investigateurs ont assisté. Chaque participant a reçu le protocole et les carnets d'observation.
Une séance de réflexologie plantaire toutes les deux semaines à chaque visite de contrôle à J0, J14, J28, J42, J56. Pas de séance lors de la dernière visite à J70 (simple contrôle) (Tableau 3).
Tableau 3. Schéma des séances de réflexologie.
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C1 |
Consen-tement |
C2 |
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C3 |
|
C4 |
|
C5 |
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C6 |
FIN DE L’ESSAI |
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J0 |
J14 |
J28 |
J42 |
J56 |
J70 |
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Critères inclusion et non inclusion |
Critères de sortie d'essai |
Critères de sortie d'essai |
Critères de sortie d'essai |
Critères de sortie d'essai |
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Score Francis |
Score Francis |
Score Francis |
Score Francis |
Score Francis |
Score Francis |
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Réflexologie |
Réflexologie |
Réflexologie |
Réflexologie |
Réflexologie |
Pas de Réflexologie |
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La réflexologie plantaire appliquée dans le protocole se base sur la technique de massage réflexe plantaire. Ce protocole, utilisé dans l'étude, avait été conçu en collaboration avec des réflexologues expérimentés, et était identique pour tous les sujets et pour chaque séance.
La technique est exclusivement manuelle, pratiquée avec le pouce et les doigts de la main. Elle consiste à une sollicitation précise, non agressive et ciblée, des mécanorécepteurs cutanés. Elle se base sur les repères anatomiques ainsi que sur la stimulation par pressions répétitives des points de toute la face de la voûte plantaire, en accord avec la carte des zones réflexes projetées sur la voute plantaire (projection dite « corps debout ») (Figure 1).
Figure 1. Dessin des zones réflexes plantaires stimulées projetées sur la voûte plantaire, selon Elisabeth Breton.
Il est toutefois nécessaire de mentionner qu’à ce jour, aucune carte des zones réflexes n’a été validée par la communauté scientifique.
La méthode employée s’inspire des :
Le développement de la neuro-imagerie donne l'espoir d'arriver un jour à « mesurer » les circuits réflexes sur lesquels se base de façon empirique et pragmatique la réflexologie. Deux études japonaises démontrent en effet une relation entre le traitement neuronal des perceptions somato-sensorielles par stimulation réflexologique et la sensation tactile d’une zone réflexe spécifique [20][21].
Au niveau de la peau, particulièrement au niveau des pieds, il existe des terminaisons nerveuses et des capteurs sensibles au toucher. Le toucher réflexe engendre des stimuli qui remontent au cerveau par les fibres spécialisées dans la perception de la pression. Il y a donc un lien étroit entre les récepteurs situés dans la peau et les zones sensitives du cerveau.
Le réflexe nerveux est une activité particulière où des stimulations provoquent des réactions, par l’intermédiaire d’une partie du système nerveux (central, périphérique et neurovégétatif qui innerve les organes et les glandes).
Deux techniques réflexes spécifiques ont été utilisées sur la voute plantaire : la technique réflexe viscéro-cutanée (technique de pression-relâchement avec le pouce) et la technique réflexe tissu conjonctif (action sur le fascia plantaire avec les pouces qui effectuent des pressions en lissant la voute plantaire) [25].
L’objectif est de déclencher une stimulation réflexe en périphérie (structures somatiques : peau, tissu sous-cutané, muscles, os) afin de provoquer une réponse réflexe à distance (structure somatique et/ou viscérale). L’induction de cette dernière implique la stimulation de circuits neuronaux spécifiques répondant à une forme d’organisation et de fonctionnement au sein du système nerveux (central, périphérique somatique et neurovégétatif) [23][24].
Les zones réflexes stimulées sur la voute plantaire sont les suivantes (Tableau 4) :
Tableau 4. Zones réflexes stimulées, selon la Figure 1.
| 1 - Tête, plexus crânien | |||
| 2 - | Glande hypophyse et hypothalamus | 8 - | Pancréas |
| 3 - | Tronc cérébral | 9 - | Foie & vésicule biliaire |
| 4 - | Thyroïde et parathyroïdes | 10 - | Rate |
| 5 - | Plexus solaire | 11 - | Colon, gros intestin |
| 6 - | Diaphragme | 12 - | Zone intestin grêle |
| 7 - | Estomac | 13-16 | Glandes surrénales (13), reins (14), uretères (15) et vessie (16) |
Population
Cinquante et une personnes au total ont été incluses dans l’essai -quarante-deux femmes et neuf hommes- âgés de 23 à 68 ans. Ils ont été recrutés progressivement au sein de la clientèle de chaque réflexologue participant à l’étude, ainsi que par l'intermédiaire des médecins consultés, et cela sur la base du volontariat.
Chaque sujet a signé le formulaire de consentement éclairé et répondait aux critères d’inclusion de l’étude. Toutefois, sept d’entre eux ont été exclus avant le terme pour non-respect des dates de contrôle (pendant la pandémie du COVID 19), et/ou prescription d’un nouveau traitement, résultant une population finale totale de quarante-quatre personnes.
Principaux critères d’inclusion :
Principaux critères de non inclusion :
Principaux critères d’exclusion en cours d’essai :
Séance et pratique
Avant chaque séance, le réflexologue effectue un bilan réflexologique pour s’assurer que les critères d’inclusions sont bien respectés, et remplit le carnet d’observation avec le sujet.
Chaque séance de réflexologie plantaire dure 45 minutes. Le sujet est confortablement installé sur le dos sur une table de massage, les pieds nus. Le réflexologue les désinfecte puis, en utilisant une huile de massage neutre, effectue des manœuvres de relaxation réflexe plantaire afin de relâcher les tensions musculaires et préparer le pied à la stimulation. Le praticien procède ensuite à la stimulation réflexe par pression manuelle durant 2 minutes, et ce sur chaque zone réflexe plantaire citée dans le Tableau 4. La stimulation débute par le gros orteil, puis progressivement les manœuvres s’enchainent sur la partie supérieure de la voûte plantaire, puis le milieu, pour enfin terminer sur le talon.
Le réflexologue veille pendant toute la séance au confort de la personne, et adapte la pression si besoin. A l’issue de celle-ci, il échange avec le sujet sur ses perceptions et ses sensations.
Il est important de souligner que, même si les sujets n’ont pas tous débuté les séances à la même date (recrutement progressif), les délais respectés entre chaque séance étaient identiques et conformes au protocole.
Critères d’évaluation
• Score de Francis dans sa globalité (Tableau 5) (mal au ventre + distension abdominale + fréquence des selles + perturbation de la « qualité de vie »). L’apport de la réflexologie est considéré comme :
• très intéressant si diminution du score supérieure ou égale à 50 %.
• intéressant si diminution du score entre 30 et 50 %.
• non intéressant si diminution du score inférieure à 30 %.
• Sous-scores du score de Francis (mal au ventre (Tableau 6), distension abdominale (Tableau 7), fréquence des selles (Tableau 8), perturbation de la « qualité de vie » (Tableau 9)). L’apport de la réflexologie est considéré comme :
très intéressant si diminution du score supérieure ou égale à 50 %.
intéressant si diminution du score entre 30 et 50 %.
non intéressant si diminution du score inférieure à 30 %.
• Objectifs secondaires : ils concernent des symptômes fréquemment rencontrés dans les TFI, mais non pris en compte par le Score de Francis : gaz, impression de mauvaise digestion, constipation, aérophagie, diarrhée. Pour chacun d’eux, évaluation de leur fréquence :
■ Jamais ■ Rarement ■ Souvent ■ Toujours
Extraction et synthèse des données
Les analyses ont été réalisées par SOLADIS, à l’aide du logiciel SAS (version 9.4, SAS Institute, Cary, NC, USA). Le rapport clinique, rédigé en français, inclut les tableaux, listes et figures fournis dans le Plan d’Analyse Statistique réalisé le 21 février 2025 sous la référence PAS/L/24/4066.
Pour alléger la lecture, il est uniquement mentionné :
Tableau 5. Analyse du score de Francis (critère principal), avec N le nombre de sujets.
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ANALYSE PAR SOLADIS |
C1 – J0 (N = 51) |
C6 – J70 (N = 44) |
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|
Score de Francis |
|
|
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|
|
Moyenne ± écart-type |
258.39 ± 50.72 |
102.64 ± 88.65 |
|
Médiane |
256.0 (217.0 ; 288.0) |
92.0 (20.0 ; 133.0) |
|
|
Minimum - Maximum |
162.0 ; 378.0 |
0.0 ; 330.0 |
|
|
Évolution relative par rapport à J0 |
|
|
|
|
|
Moyenne ± écart-type |
|
-60.73 ± 33.14 |
|
Médiane |
|
-62.6 (-92.0 ; -40.9) |
|
|
Minimum - Maximum |
162.0 ; 378.0 |
-100.0 ; 35.2 |
|
|
Évolution relative entre J0 et J70 : diminution de plus de 50 % |
Intervalle de confiance à 95 % |
-70.81 ; -50.66 |
|
|
|
Test statistique |
Wilcoxon < 0.001 Significatif Très intéressant |
|
|
p–value (signification) |
|||
|
Jugement des sujets à J70 sur l’apport de la réflexologie |
|||
Tableau 6. Analyse du sous-score "Mal au ventre".
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ANALYSE PAR SOLADIS |
C1 – J0 (N = 51) |
C6 – J70 (N = 44) |
|
|
Mal au ventre |
|
|
|
|
|
Moyenne ± écart-type |
60.90 ± 17.69 |
24.36 ± 24.46 |
|
Médiane |
61.0 (48.0 ; 74.0) |
20.0 (3.0 : 41.5) |
|
|
Minimum - Maximum |
17.0 ; 99.0 |
0.0 ; 96.0 |
|
|
Évolution relative par rapport à J0 |
|
|
|
|
|
Moyenne ± écart-type |
|
-56.89 ± 44.39 |
|
Médiane |
|
-70.08 (-94.0 ; -27.5) |
|
|
Minimum - Maximum |
|
-100.0 ; 81.1 |
|
|
Évolution relative entre J0 et J70 : diminution de plus de 50 % |
Intervalle de confiance à 95 % |
-70.38 ; -43.39 |
|
|
|
Test statistique |
Wilcoxon < 0.001 Significatif Très intéressant |
|
|
p–value (signification) |
|||
|
Jugement des sujets à J70 sur l’apport de la réflexologie |
|||
Tableau 7. Analyse du sous-score "Distension abdominale".
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ANALYSE PAR SOLADIS |
C1 – J0 (N = 51) |
C6 – J70 (N = 44) |
|
|
Distension abdominale |
|
|
|
|
|
Moyenne ± écart-type |
73.78 ± 13.54 |
28.73 ± 24.03 |
|
Médiane |
74.0 (64.0 ; 83.0) |
28.0 (3.0 ; 43.5) |
|
|
Minimum - Maximum |
41.0 ; 100.0 |
0.0 ; 86.0 |
|
|
Évolution relative par rapport à J0 |
|
|
|
|
|
Moyenne ± écart-type |
|
-61.11 ± 32.28 |
|
Médiane |
|
-58.9 (-95.9 ; -35.5) |
|
|
Minimum - Maximum |
|
-100.0 ; 0.0 |
|
|
Évolution relative entre J0 et J70 : diminution de plus de 50 % |
Intervalle de confiance à 95 % |
-70.93 ; -51.30 |
|
|
|
Test statistique |
Wilcoxon < 0.001 Significatif Très intéressant |
|
|
p–value (signification) |
|||
|
Jugement des sujets à J70 sur l’apport de la réflexologie |
|||
Tableau 8. Analyse du sous-score "Fréquence des selles".
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ANALYSE PAR SOLADIS |
C1 – J0 (N = 51) |
C6 – J70 (N = 44) |
|
|
Fréquence des selles |
|
|
|
|
|
Moyenne ± écart-type |
57.84 ± 25.33 |
23.61 ± 25.10 |
|
Médiane |
62.0 (38.0 ; 80.0) |
17.5 (2.5 ; 37.5) |
|
|
Minimum - Maximum |
9.0 ; 100.0 |
0.0 ; 95.0 |
|
|
Évolution relative par rapport à J0 |
|
|
|
|
|
Moyenne ± écart-type |
|
-56.61 ± 49.66 |
|
Médiane |
|
-63.7 (-93.5 ; -38.2) |
|
|
Minimum - Maximum |
|
-100.0 ; 166.7 |
|
|
Évolution relative entre J0 et J70 : diminution de plus de 50 % |
Intervalle de confiance à 95 % |
-71.71 ; -41.51 |
|
|
|
Test statistique |
Wilcoxon < 0.001 Significatif Très intéressant |
|
|
p–value (signification) |
|||
|
Jugement des sujets à J70 sur l’apport de la réflexologie |
|||
Tableau 9. Analyse du sous-score "Perturbation de la qualité de vie".
|
ANALYSE PAR SOLADIS |
C1 – J0 (N = 51) |
C6 – J70 (N = 44) |
|
|
Perturbation de la vie « en général » |
|
|
|
|
|
Moyenne ± écart-type |
65.86 ± 22.94 |
25.93 ± 25.48 |
|
Médiane |
70.0 (52.0 ; 82.0) |
22.5 (4.0 ; 38.0) |
|
|
Minimum - Maximum |
10.0 ; 100.0 |
0.0 ; 88.0 |
|
|
Évolution relative par rapport à J0 |
|
|
|
|
|
Moyenne ± écart-type |
|
-61.84 ± 37.89 |
|
Médiane |
|
-70.5 (-95.3 ; -33.7) |
|
|
Minimum - Maximum |
|
-100.0 ; 48.0 |
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|
Évolution relative entre J0 et J70 : diminution de plus de 50 % |
Intervalle de confiance à 95 % |
-73.36 ; -50.31 |
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Test statistique |
Wilcoxon < 0.001 Significatif Très intéressant |
|
|
p–value (signification) |
|||
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Jugement des sujets à J70 sur l’apport de la réflexologie |
|||
En outre, cinq symptômes hors score de Francis ont été évalués dans cet essai. Leur fréquence a diminué au cours de l’étude, comme le résume le tableau ci-dessous (Tableau 10).
Tableau 10. Analyse des objectifs secondaires.
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ANALYSE PAR SOLADIS |
C1 – J0 (N = 51) |
C6 – J70 (N = 44) |
|
Symptômes hors Score de Francis |
Très souvent |
Très souvent |
|
Émission de gaz |
41.2 % |
6.8 % |
|
Impression de mauvaise digestion |
37.0 % |
2.3 % |
|
Constipation |
21.6 % |
2.3 % |
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Aérophagie |
27.5 % |
0 % |
|
Diarrhée |
7.8 % |
2.3 % |
Les Troubles Fonctionnels Intestinaux (TFI) désignent un ensemble de symptômes digestifs qui touchent 10 à 15% de la population mondiale [26], et environ 5 à 10% de la population française [27][28]. Ils ne sont pas graves mais leur caractère chronique et les douleurs récurrentes altèrent la qualité de vie de ceux qui en souffrent. Ces troubles constituent un problème majeur en médecine générale du fait que les possibilités de traitement sont limitées et qu’ils peuvent souvent se transformer en maladies chroniques.
Plus de 50 % des malades atteints du Syndrome de l’Intestin Irritable (SII) s’orientent spontanément vers les Médecines Non Conventionnelles (MNC) en raison d’une insatisfaction vis-à-vis des traitements usuels. Les MNC associent des techniques ciblant le corps et l’esprit (relaxation, méditation, yoga), des interventions mécaniques (activité physique, réflexologie, ostéopathie, acupuncture), psychologiques (hypnose, thérapies cognitives et comportementales) et nutritionnelles. Toutes ces approches ont fait l’objet d’études de qualité variées, permettant de documenter pour certaines des résultats cliniques intéressants – et parfois leur mécanisme d’action – sur la sévérité du SII et la qualité de vie des patients [29].
Les médecines complémentaires et alternatives, dont la réflexologie, sont ainsi de plus en plus utilisées pour gérer les symptômes associés aux TFI. En effet, il a été constaté que les personnes atteintes ressentaient un réel bien-être après une séance de réflexologie plantaire.
Bien que plusieurs études aient été menées sur la réflexologie [30], peu se sont intéressées aux Troubles Fonctionnels Intestinaux [31].
L’objectif principal de cet essai était donc de vérifier si des séances régulières de réflexologie plantaire réduisaient significativement les symptômes associés aux TFI, et amélioraient « la qualité de vie » des personnes concernées. Par conséquent, l’étude se limite à :
• une évaluation de l’apport de la réflexologie plantaire en tant que « thérapie complémentaire » dans la prise en charge des Troubles Fonctionnels Intestinaux identifiés par le score de Francis, ainsi que des perturbations de la vie quotidienne qu’ils causent (également évaluées par le score de Francis).
L’objectif secondaire était d’évaluer l’apport de la réflexologie plantaire sur :
• les symptômes digestifs fréquemment rencontrés dans les TFI mais non pris en compte par le Score de Francis ;
• les symptômes en dehors du système digestif souvent rencontrés dans les TFI.
Les conclusions de cette recherche étaient basées sur la diminution du score de Francis entre le début et la fin de l’essai (Tableau 2).
Points forts de cette étude
La présente étude est pionnière en ce qui concerne l’utilisation de la réflexologie plantaire pour l’amélioration des TFI. En outre, cette étude s’inscrit parmi les rares études cliniques sur la réflexologie plantaire validées et autorisées par les institutions françaises (Direction Générale de la Santé et Comité de Protection des Personnes) [32][33].
Elle a démontré que cinq séances de réflexologie plantaire (Tableau 3) permettent d’améliorer les scores de Francis chez les personnes atteintes de TFI, ainsi que leur « qualité de vie ». L’estimation initiale concernant l’interprétation du changement relatif du score de Francis était basée sur une diminution d’au moins 30% entre le début et la fin de l’essai. Or, tous les scores de Francis, ainsi que ceux non pris en compte par ce dernier, ont largement dépassé cette estimation : l’amélioration semble significative pour chacun d’eux (p-value < 0,001) et, pour tous, supérieure à 50%.
Conformément au protocole, les sujets participant à l’essai ont jugé très intéressant l’apport de la réflexologie dans la prise en charge de leurs TFI (Tableau 5, Tableau 6, Tableau 7, Tableau 8, Tableau 9, Tableau 10).
Les données suggèrent donc que la réflexologie plantaire a un effet très prometteur, puisqu’elles soutiennent l’idée qu’elle peut réduire les symptômes de ces troubles. Toutefois, ces premiers résultats se doivent d’être confirmés par d’autres études similaires, et des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre leur portée temporelle.
Les biais
Avant la mise en route de l’étude, chaque praticien participant a reçu le même protocole et les mêmes consignes à suivre tout au long de l’essai. Ces réflexologues devaient également être en contact avec le Dr Alain Jacquet, coordonnateur scientifique de l’étude, en cas de changement de situation d’un sujet (nouvelle pathologie ou nouveau médicament par exemple), ou d’une quelconque interrogation, pour déterminer la conduite à tenir en conformité avec le protocole. Néanmoins, du fait d’un nombre réduit des effectifs participant à l’étude, chaque praticien était autonome et responsable dans la réalisation des séances, conformément au protocole établi.
En outre, pour cause d’un nombre réduit de praticiens aptes à participer à l’étude (peu de réflexologues certifiés RNCP et reconnus en France), la population recrutée a dû être limitée. De plus, la pandémie du COVID-19 et le confinement mis en place en France, n’ont pas permis le suivi des séances de contrôle initialement programmées. En effet, les sujets les ayant démarré avant ces événements mais sans avoir pu compléter leur suivi, et ceux ayant contracté le Covid, ont dû être exclus pour « non-respect des dates de contrôle ». Ont également été exclus les sujets dont le praticien était tombé malade, ainsi que les sujets sous nouveau traitement. Tout cela a donc encore réduit la population finale étudiée.
Il serait de ce fait intéressant que les résultats obtenus dans cet essai puissent être comparés avec ceux d’un essai identique réalisé avec une population beaucoup plus importante.
Enfin, nous rappelons qu’à ce jour, aucune carte des zones réflexes n’a été validée par le corps scientifique et que celle utilisée dans cette étude n’est qu’une interprétation parmi d’autres. Nous ne pouvons donc pas garantir des résultats similaires à ceux obtenus dans cet essai pour une autre interprétation des zones réflexes.
Points faibles de l’étude et perspectives
L’absence d’un groupe témoin est un facteur limitant puisque cela prive d’une comparaison objective et pertinente des résultats obtenus avec le groupe expérimental. Ce manque empêche effectivement la validation complète de la réflexologie plantaire comme pratique pouvant soulager les TFI et leurs symptômes associés : un groupe témoin pourrait mettre en évidence l’impact réel de la pratique sur ces troubles.
La durée de l’essai a également été plus longue qu’initialement prévue à cause du confinement décrété : il en a entrainé la mise en arrêt temporaire (du 25 mars au 05 août 2020).
En perspective, il serait intéressant d’entreprendre une nouvelle étude avec plus de participants, en collaboration avec une organisation professionnelle telle qu’une association de praticiens travaillant avec la même technique par exemple, ce qui autoriserait la prise en charge potentielle d’un plus grand nombre de sujets. Associé à cela, un effectif plus important permettrait la mise en place d’un système de contrôle des séances afin d’en assurer le bon déroulement et la conformité au protocole.
Il pourrait être également pertinent de mesurer les scores de Francis lors d’une consultation de suivi, éventuellement 6 mois à 1 an après la fin de l’étude, afin de vérifier si les résultats obtenus demeurent significatifs.
Enfin, une autre piste de recherche pourrait être de comparer l’apport d’autres méthodes de réflexologie, ou autres pratiques manuelles (massage, shiatsu), selon un concept similaire.
Au terme de l’essai clinique -soit dix semaines pendant lesquelles une séance de réflexologie plantaire a été réalisée toutes les deux semaines (cinq séances)- les Troubles Fonctionnels Intestinaux semblent montrer une nette amélioration. Ceci est mis en évidence par :
Nous pensons que cette étude peut inspirer d'autres chercheurs ainsi que la communauté des réflexologues. En effet, nous avons fourni des données qui faciliteront la sélection des zones réflexes spécifiques pour les TFI, ainsi que leur position sur une carte plantaire. Les zones sélectionnées et stimulées avec ce protocole peuvent ainsi être reproduites par d'autres réflexologues.
Les résultats de cet essai clinique pourront être appliqués à de futures recherches en réflexologie pour le traitement des TFI mais pourront également contribuer à combler le fossé entre la théorie empirique de la réflexologie, qui suppose qu’une zone réflexe correspond à une projection de chaque partie du corps ou fonction physiologique, localement définie sur les pieds, les mains, le visage ou les oreilles, et les données cliniques réelles [20][21][22].
Le champ de recherche est vaste, mais le sujet est d’une importance capitale car il existe un nombre important de personnes atteintes de TFI cherchant à soulager leurs symptômes par des moyens non-médicamenteux, et complémentaires aux traitements médicamenteux.
Il est tout de même nécessaire de souligner qu’à ce stade, sans groupe témoin, les résultats de cet essai clinique ne sont qu’indicatifs, et mériteraient d’être confirmés avec des études complémentaires. Si certaines études montrent des résultats intéressants, il n’y a actuellement pas suffisamment d’arguments scientifiques pour recommander la réflexologie dans la prise en charge des TFI.
Enfin, nous rappelons que la réflexologie n’a pas pour but de « guérir » les patients, mais d’améliorer leur bien-être en complément d’autres traitements.
Quinze réflexologues se sont portés volontaires pour participer à cette étude. Ces derniers ont été formés et guidés par les auteurs.
Cinquante et un sujets volontaires ont permis la réalisation de cet essai clinique.
Une collecte de fonds a été mise en place sur la plateforme Leetchi pour financer les analyses statistiques réalisées par SOLADIS, société spécialisée dans l'analyse statistique.
Les auteurs n'ont aucun conflit d'intérêts à déclarer.
Nous tenons à remercier tous les sujets et réflexologues qui ont participé volontairement à cette étude. Nous remercions également nos donateurs via la plateforme Leetchi, et la Société SOLADIS pour les analyses statistiques, ainsi que le Comité de recherche du Centre d’Elisabeth Breton qui a rendu cette étude possible.
Les données relatives à cette étude clinique sont accessibles via les plateformes institutionnelles suivantes :
• Accès aux données sources –> SI-RIPH2G (accès contrôlé, non public) [34]
Les données complètes de l’étude sont archivées dans le Système d’Information des Recherches Impliquant la Personne Humaine du ministère chargé de la Santé (https://siriph.sante.gouv.fr/si-riph-2g/#/login)
Ce portail constitue la source officielle et réglementaire des informations déposées pour l’étude.
• Accès via API ouverte –> API ECLAIRE (accès public) [35]
Une partie des données descriptives de l’étude est accessible en open data via l’API ECLAIRE : https://www.data.gouv.fr/dataservices/api-eclaire.
Description :
Description : L’API ECLAIRE est une interface publique de type REST conforme au standard international HL7 FHIR, permettant l’extraction automatisée de données structurées relatives aux recherches impliquant la personne humaine enregistrées dans SI-RIPH2G.
Contenu accessible :
Limites :
Modalités d’accès :
Portail grand public – Santé.fr (accès public) [33]
Les informations publiques issues de la base ECLAIRE sont également consultables via le portail national d’information en santé : https://www.sante.fr/essais-cliniques/2018-A01267-48/apport-de-la-reflexologie-massage-reflexe-plantaire-dans-la-prise-en-charge-des-troubles-fonctionnels-intestinaux
Description :
Description : : Ce portail grand public permet la consultation simplifiée des essais cliniques autorisés en France. Les informations affichées proviennent de la base ECLAIRE alimentée par SI-RIPH2G.
Contenu accessible :
Modalités d’accès :
Des analyses descriptives ont été réalisées et les résultats ont été présentés sous la seule forme numérique.